acTTTus #3 – Le coup d’œil : l’Or des villes… à l’assaut de la Mine Urbaine

L’Or des villes : à l’assaut de la Mine Urbaine
Le sujet n’est pas nouveau mais les besoins sont grandissants : comment réutiliser les tonnes de métaux, et notamment les métaux critiques, que l’on trouve dans les déchets électroniques ?
C’est autour de ces enjeux que se décline le concept de « Mine Urbaine » : exploiter les gisements de déchets dans nos villes, notamment en recyclant les métaux et en les réinjectant dans le cycle de fabrication de nouveaux produits. Ces gisements, en grande majorité des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), proviennent de chaines de production (rebuts notamment, souvent traités in situ), ou de collectes de produits en fin de vie.
L’exemple des smartphones
Il s’en est vendu plus de 7 milliards depuis 2007 dans le monde, et 24 millions chaque année en France. A raison d’un changement en moyenne tous les deux ans, ce seul appareil électronique est constitué à 50% de métaux : nickel, aluminium, cuivre, platine, palladium, europium, indium, néodyme… une cinquantaine en tout, dont certains considérés comme critiques par la Commission Européenne. Pourquoi critiques ? Tout simplement parce qu’ils génèrent une très forte dépendance auprès des pays fournisseurs, majoritairement la Chine, la Russie, le Brésil, les Etats-Unis, la République Démocratique du Congo ou encore l’Afrique du Sud.
Des acteurs industriels actifs et un marché qui va exploser
Les industriels chinois sont aujourd’hui les plus actifs dans le domaine. Ainsi, la Chine se positionne comme un fournisseur clé de métaux au niveau international, mais doit aussi faire face à un besoin majeur de recycler les produits sur ses marchés intérieurs.
En Europe, trois gros acteurs industriels seulement sont leaders sur ce marché : le suédois Boliden, le belge Umicore et l’allemand Aurubis.
En France, la filière s’est structurée en janvier 2019 mobilisant des acteurs industriels, académiques et des fédérations professionnelles, sous la forme d’un Comité Stratégique de Filière « Mines et Métallurgie ». Le tissu industriel est composé de grands groupes comme Suez et Veolia, mais aussi d’entreprises plus spécialisées comme Derichebourg, Snam, Recy’Stem, Eurodieuze, Morphosis ou encore Eramet.
Sur un plan technologique, deux familles de procédés dominent le marché aujourd’hui : l’hydrométallurgie et la pyrométallurgie. Mais de nouvelles voies se développent utilisant des microorganismes.
Sur un plan applicatif, les batteries constituent un enjeu particulier sur lequel l’Europe souhaite créer une « locomotive industrielle ». La raison ? Un marché prêt à exploser : 200 000 véhicules électriques en 2015, 11 millions en 2025, 30 millions en 2030 ! Mais, d’ores et déjà, de nombreux acteurs industriels européens s’activent sur le sujet, comme par exemple Accurec Recycling au Royaume Uni, la Snam en France, Stena en Suède, Elkem en Norvège, Bose aux Etats-Unis ou encore DKRecycling en Allemagne.
Autre enjeu applicatif, ce sont les aimants permanents que l’on trouve dans les smartphones, mais aussi dans l’automobile ou encore l’éolien pour ne citer que ces secteurs.
La Recherche, maillon incontournable pour optimiser les procédés de recyclage
Les grands organismes de recherche français comme le CNRS, le BRGM ou encore le CEA sont fortement actifs et présents dans les instances européennes pour promouvoir l’excellence de la Recherche française dans le domaine.
En France, les laboratoires autour de Nancy sont particulièrement actifs (LES, LRGP). L’Occitanie dispose également de nombreux atouts et d’une forte mobilisation sur le sujet. Que ce soit autour de Montpellier (Mines d’Alès, ICGM, Charles Coulomb, IEMM, plateforme PROMES…) ou de Toulouse (LGC, LAPLACE et LCC).
Le COMES (Comité Stratégique des Métaux) – une instance de concertation nationale entre L’État et les principaux acteurs de la filière – encourage les industriels français à davantage exploiter les résultats de la Recherche académique. Il propose également de davantage les protéger par des dépôts de brevets et via des opérations de transfert de technologie, afin de proposer des procédés de recyclage plus directs (moins d’étapes) et plus efficaces. Un défi que les laboratoires académiques du territoire comptent bien relever.
« La recherche académique en région Occitanie dispose de tous les atouts pour accompagner les acteurs régionaux à relever le défi de la mine urbaine : de la connaissance fine des processus physiques ou chimique à l’analyse des cycles de vie des produits filière par filière, en passant par la conception des matériaux et l’ingénierie des procédés de recyclage par pyrométallurgie ou hydrométallurgie, toutes les facettes techniques de la problématique sont couvertes au meilleur niveau international » indique Pierre Aimar, Directeur du LGC, le laboratoire de Génie Chimique à Toulouse & Directeur de recherches au CNRS.
Ce défi majeur, qui place les métaux au cœur de l’économie circulaire, doit permettre de réduire la dépendance française en matières premières : l’heure de la ruée vers l’Or va sonner, soyons prêts…
Données issues de Tech Intelligence® – service d’intelligence économique de Toulouse Tech Transfer.