acTTTus #4 – Le coup d’œil : Classement des universités : faut-il s’y fier?

Classements des universités : faut-il s’y fier ?
Comme chaque année, la nouvelle mouture du classement de Shanghai vient de paraître. Objectif : évaluer l’excellence académique. Voici quelques petits décryptages depuis notre lucarne toulousaine.
Le classement de Shanghai dévoile chaque année le palmarès des meilleures universités au monde. Sacré programme ! Et comme chaque année, les partisans et détracteurs s’en emparent, faisant l’affaire des médias en tous genres. Il est en effet l’un des classements les plus en vue, mais ce n’est pas le seul.
Des polémiques à chaque publication
De nombreux classements des meilleures universités dans le monde existent. Mais les plus influents au niveau international sont les suivants : le classement de Shanghai, du Times et le QS World University Ranking.
Chacun d’entre eux définit ses propres critères d’analyse pour évaluer l’excellence académique. Compte tenu de la difficulté d’un tel exercice, le choix des indicateurs et leur mode de calcul influencent bien évidemment le classement. Ces indicateurs peuvent aussi être impactés par les politiques nationales de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. Par exemple, certains classement favorisent les gros campus à l’américaine, ce qui a d’ailleurs conduit au regroupement des universités françaises pour une meilleure visibilité.
Autre exemple, de plus en plus d’établissement choisissent de publier directement leurs travaux, sur des plateformes d’Open Data. OATAO à Toulouse, OALR à Montpellier. Ces voies peuvent pénaliser certains de ces indicateurs prenant en compte les journaux à forte notoriété, contrôlés souvent par les gros éditeurs scientifiques. Malgré ces biais, force est de constater que ces classements comptent dans le paysage scientifique international, et en France tout autant. Les décideurs politiques et scientifiques ont en effet un regard sur l’évolution de ces classements, notamment pour mesurer l’effet de certaines mesures et stratégies d’établissements ou fédérations d’établissements.
Un classement émergent et des usages hors bibliométriques
Le classement des universités européennes innovantes, édité par une société privée (Reuters) en partenariat avec un éditeur de base de données scientifiques, propose une structure d’évaluation basée sur des indicateurs peu ou pas pris en compte dans les autres grands classements. Visant à mesurer les capacités d’innovation des établissements, il prend en compte la dimension bibliométrique des articles mais aussi des brevets, en prenant en compte le volume de dépôt, les citations en général, celles provenant d’industriels, les collaborations recherche industrie, etc. « Sur les études que nous réalisons régulièrement pour les laboratoires et établissements de recherche, nous prenons en compte ces classements » indique Frédéric Speziale, responsable intelligence économique chez Toulouse Tech Transfer et en charge de l’activité Tech Intelligence®. « Nous utilisons plusieurs classements et nous croisons les résultats pour dégager des tendances. Ils ne peuvent constituer des indicateurs absolus d’excellence mais permettent d’enrichir une analyse du positionnement d’acteurs scientifiques et de leurs partenariats académiques à l’international. Au-delà des acteurs académiques, les partenariats de ces « hauts-classés » avec le secteur privé nous permettent aussi de repérer des entreprises à potentiel et d’analyser leur activité. Les chercheurs sont intéressés d’avoir ce genre de retours. »
La position de Philippe Raimbault, Président de l’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées :
« Le classement de Shanghai n’est pas le seul à être observé mais son impact est très différent en fonction des pays. Certains y sont très attentifs, notamment parce qu’ils produisent également des classements nationaux et sont habitués à ce type de référentiel ; d’autres n’y attachent qu’une importance très relative. Néanmoins, et quelles que soient les critiques qu’on puisse lui adresser (méthodologie, focus recherche trop marqué…), on constate qu’il produit des effets dans certaines politiques publiques. Des Etats accordent des bourses de mobilité pour des séjours dans les universités du Top 100, certaines universités s’en servent pour sélectionner leurs partenaires (profil similaire, complémentarité…). Les déclinaisons thématiques de certains de ces classements sont également des indicateurs intéressants pour permettre des comparaisons plus fines par secteurs disciplinaires et identifier les points forts de nos établissements par exemple. Cependant, ils présentent l’inconvénient de ne pas encore couvrir toutes les disciplines, mais seulement une quarantaine, et de ne pas bien prendre en compte les lettres ou les SHS.  Aujourd’hui une réflexion au niveau national est menée pour élaborer une politique de regroupement pérenne. L’Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées est pleinement investie dans cette démarche. »
A l’heure de la rentrée, notons que le bulletin scolaire d’Harvard est consacré pour la 17ème année consécutive par le classement de Shanghai, devant Stanford et Cambridge. Cela laisse songeur…