acTTTus #6 – Le coup d’œil : Upcycling : au-delà de la tendance

C’est un terme qui devient incontournable ces derniers mois. Quelques éclairages et analyses fournies par Tech Intelligence.
L’upcycling ne date pas d’hier, et pourtant on en a jamais autant parlé. A l’heure de l’économie solidaire et de l’éco-friendly, c’est toute une filière qui se structure : industriels et laboratoires de recherche en tête.
Un concept nouveau ?
Terme datant des années 1990, l’upcycling ne date pas d’hier ! C’est une sorte de « super recyclage » des déchets tant industriels que domestiques. L’idée est de les valoriser avec un niveau de qualité ou d’usage supérieur, ce que certains appellent le « recyclage par le haut ».
Aujourd’hui l’upcycling prend une importance croissante dans l’industrie de la mode et du textile. Les bénéfices sont multiples : réduction des déchets, réduction des coûts, impact environnemental…
La Recherche autour du « upcycling »
Le sujet est largement relayé aujourd’hui par grands média nationaux et internationaux.
En matière de Recherche et d’Innovation, la littérature scientifique et technique suit la même trajectoire, que ce soit en termes de dépôt de brevets, de publications scientifiques ou encore de projets de Recherche. On constate une nette augmentation sur 2018 et 2019, essentiellement localisée aux Etats-Unis, en Asie et en Europe.
Et, justement, l’Europe traduit un réel dynamisme sur le sujet – le Royaume-Uni en tête – avec des universités comme Nottingham, De Montfort ou encore l’Imperial College de Londres, et des financeurs publics particulièrement actifs, comme l’Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC).
D’autres pays européens s’activent également sur le sujet, notamment en Allemagne, Italie, Suède, Espagne mais aussi en France, au travers d’organismes comme le CNRS et le BRGM.
Cet engouement européen se traduit aussi par les subventions allouées par la Commission européenne : une vingtaine de projets H2020 et plusieurs dizaines de millions d’euros injectés dans des programmes de Recherche dédiés.
En France, les subventions sont peu « visibles » : possiblement peu nombreuses, ou diluées dans des programmes de « recyclage » ne mentionnant pas explicitement l’upcycling.
Influence, marques et entreprises
Sur le web, le nombre d’influenceurs ne cesse de croître, et là aussi, plus particulièrement en Europe : Royaume-Uni, France et Espagne notamment. Derrière ces influenceurs, souvent de grandes marques cherchant à promouvoir une image « écolo » à grand renfort de lobbying : l’upcycling, c’est tendance !
Parmi les nombreuses initiatives, Adidas par exemple « upcycle » des déchets plastiques récupérés sur les plages en produits pour le sport. Airbus, grâce à son propre incubateur de start-up, a développé le projet « A piece of sky », repositionnant des structures avion en décoration d’intérieur, objet d’art ou meuble design. L’entreprise italienne Favini valorise quant à elle des déchets issus de fruits, de cuir, de blé …en papier écologique de luxe. Autre exemple, Derbigum (anciennement Imperbel) a développé un procédé d’upcycling d’un plastique – le PVB – pour la réalisation de membranes et joints techniques d’étanchéité.
A Toulouse, impossible d’ignorer l’existence d’Authentic Material : une pépite issue de la valorisation de la Recherche toulousaine. L’entreprise vient de lever 1.5 millions d’euros auprès de BPI France. Créée en 2016, elle « recycle par le haut » des déchets comme le cuir, la corne, les coquillages, le bois ou encore le café. Et elle ne cesse d’élargir les applications de sa technologie à d’autres types de matériaux. Ennoblir vers des usages ciblant l’industrie du luxe et les produits d’exception, tel est le positionnement de l’entreprise aujourd’hui, dirigée par Vincent Menny.
La technologie ? Issue du CEMES, et transférée à la start-up par Toulouse Tech Transfer, elle repose sur un procédé de métallurgie des poudres – le frittage flash – bien connu dans le domaine aéronautique.
Au-delà du phénomène de mode, on le voit, chercheurs et industriels ont des défis majeurs à relever, au service d’une économie solidaire et responsable. Le recyclage n’est pas mort : il écrit ses lettres de noblesse : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… par le haut ! ».