acTTTus#12 – Le coup d’œil – Industrie 4.0 : la révolution?

A l’heure de l’intelligence promise des machines, l’industrie 4.0 se met en ordre de marche. Pour quels enjeux ?
Petit billet par Tech Intelligence®, service spécialisé en intelligence économique de Toulouse Tech Transfer.
Nouvelle révolution industrielle, mutation, transformation, simple évolution ? Qu’importe, l’entreprise change, s’adapte. Elle évolue avec son temps. Elle devient plus intelligente. La machine fait un pas vers l’homme. L’homme fait un pas vers la machine. Brève histoire d’une rencontre…
  Technologies : la donnée, pierre angulaire de l’usine intelligente
La dématérialisation dans l’entreprise a démarré depuis de nombreuses années. L’industrie 4.0 va amplifier et étendre le processus, ce que certains appellent la digitalisation industrielle. Les « Temps modernes » de Chaplin sont loin : la façon de concevoir, de produire et de maintenir va être profondément bouleversée.
La donnée est partout : pour rendre les « machines » ou « objets » communicants dans l’entreprise, et notamment pour suivre leur fonctionnement mais aussi anticiper les pannes (lire notre coup d’œil sur la maintenance prédictive), pour apporter une aide à la décision grâce à l’intelligence artificielle, pour optimiser les procédés ou développer de nouveaux modes de conception (fabrication additive), pour automatiser ou semi-automatiser les tâches fastidieuses ou nécessitant de la précision (robotique, co-botique), pour renforcer la supervision (vision, perception)… la liste est longue pour couvrir de tels changements.
Cette donnée devra bien évidemment être protégée (cybersécurité), stockée (cloud computing) et traitée (big data). De la donnée brute au processus de décision, c’est tout une chaine de traitement qui mobilise les informaticiens et mathématiciens. L’entreprise devient ainsi une ville de données, avec des flux de circulation, et également des données locales plus autonomes. La donnée devient une clé de voute, alimentant des processus de décision distribués, et apportant une cohérence d’ensemble au pilotage de la production.
La donnée, véritable or noir du 21ème siècle ? Probablement. L’or noir de l’entreprise du 21ème siècle, certainement !
  Tendances : l’Europe à la traîne ? Pas si sûr…
C’est en tous les cas ce que bon nombre d’analystes économiques constate : les grandes puissances mondiales, les Etats-Unis et la Chine, occupent effectivement une large place et constituent les marchés les plus conséquents.
Et pourtant, les gros leaders scientifiques et industriels de la R&D sont en Europe, si on analyse l’activité scientifique et industrielle récente dans le domaine. A titre d’exemple, Siemens, une des entreprises technologiquement les plus influentes (source : Tech Intelligence®), est aussi la championne des partenariats. Sur un plan industriel, l’entreprise collabore avec Whirlpool, Philips, Bosch, Volkswagen, Festo, SAP, United Technologies, Thales, Atos, Fiat… à l’image de la diversité des secteurs impliqués. Et sur un plan académique, là aussi un vrai tissu d’acteurs de tous horizons, de Berkeley à Harvard, en passant par le TU Delft, TU Munich pour n’en citer que quelques-uns. Et avec la France, Airbus et Thales figurent parmi les plus actifs à travailler avec Siemens, le CEA sur un plan académique.
Derrière Paris et Nantes, Toulouse est le 3ème pôle de recherche et d’innovation dans le domaine, avec une activité de très haut niveau autour des réseaux et systèmes embarqués, essentiels pour l’industrie 4.0.
La métropole toulousaine concentre à la fois une recherche de haut niveau, portée par le LAAS-CNRS, l’IRIT, le LGC ou encore l’ISAE -SUPAERO et l’ENIT, mais aussi un tissu industriel dense autour de poids lourds de l’industrie comme Airbus à Toulouse ou Bosch à Rodez, mais aussi de start-up pour certaines regroupées en cluster, à l’image de l’IoT Valley.
  De la machine à l’homme… ou de l’homme à la machine
Et l’homme dans tout ça ? Les machines prennent le pouvoir ? Dans les films oui, dans la réalité, c’est tout autre. L’homme reste au cœur de l’entreprise. La digitalisation ouvre de nouveaux horizons, l’interaction homme-machine a fait de gros progrès. La co-botique, interaction téléopérée entre homme et robot, est une discipline où la France s’illustre. Un pan de ce que certains appellent l’homme augmenté, une assistance de l’homme par le robot. Une étude de 2016 du MIT a montré que cette association homme-robot pouvait être 85% plus productive qu’un humain, ou qu’un robot travaillant seul. Les dépôts de brevets ne cessent d’augmenter, multipliés par 10 en 4 ans ! Les cobots sont de 3 sortes : collaboratifs (in situ avec l’opérateur), téléopérés à distance, ou bien exosquelettes pour décupler la force humaine et limiter la fatigue. Vaste champ de recherche, il fait partie des domaines clés de l’Industrie 4.0.
Finalement, le terme révolution porte bien son nom. Ce changement n’est pas soudain. Pas un jour sans que la presse ne fasse état d’entreprise basculant dans le 4.0, comme récemment le groupe aveyronnais Tournié spécialisé dans la tôlerie industrielle ou encore le toulousain Satys, spécialiste de la peinture et de l’étanchéité.
Pour accompagner ces changements, les chercheurs sont plus que mobilisés : c’est une véritable course contre-la-montre, largement pluridisciplinaire, et où la recherche opérationnelle a un rôle clé.